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mercredi 28 janvier 2026

Les facteurs de l’arrêt Gladue

R. c. Henningar, 2025 QCCQ 409

Lien vers la décision


[40]        Comme le prévoit l’alinéa 718.2e) C.cr., le juge d’instance, chargé d’imposer la peine, a l’obligation légale de tenir compte « des facteurs systémiques et historiques [qui] peuvent influer sur la culpabilité du délinquant [autochtone], dans la mesure où ils mettent en lumière son degré de culpabilité morale « : R. c. Ipeele2012 CSC 13, [2012], 1 R.C.S. 433, paragr. 73.

[41]        Aux fins d’une bonne compréhension, il est utile de reproduire les facteurs Gladue énumérés par l’auteur du rapport aux pages 14-15.

GLADUE CONSIDERATIONS

It is important to consider all factors (systemic, historic, and of course individual) of Aboriginal people accused, which may have played a part in bringing this individual before the court, and in this specific case the factors that have had an impact on Jacob Hennigar’s life and behavior (directly or indirectly). This leads to seeking proper response to his crimes. In the present case of Jacob Hennigar, we are looking at the multigenerational trauma. As a result, indigenous youth are 2 to 6 times at a greater risk for alcohol related problems than their nonnative counterparts. They are more likely to use illicit drugs than nonindigenous youth, and they will begin using substances (tobacco, alcohol, solvents, and cannabis) at a much younger age than non-indigenous youth. In the present case of Jacob Hennigar, we are looking at many factors that had an impact on Jacob Hennigar. Jacob Hennigar is 37‑year old Mi’kmaq man that grew up seeing and knowing that alcohol and drugs were a big part of his life as his father Jerry Hennigar, was an alcoholic.

He witnessed firsthand the effects of conjugal violence, witnessed his mother being beaten, witnessed his father’s alcohol abuse, Jacob was mentally and physically abused by his father Jerry Hennigar. At the age of 25 Jacob Hennigar lost the love of his life in a tragic car accident. Those are some of the Gladue factors that require specific attention by the court, and they should be considered. It is important to consider the systemic, historic, and individual factors of Aboriginal people that may have played a part in bringing the individual in front of the court and therefore, in this case factors that may have impacted Jacob Hennigar’s life and behaviors directly or indirectly, to seek proper response to his crime. In the present situation, we are looking at the case of Jacob Hennigar who is Mi’kamaq man of 37 years of age who is currently being detained at the RDP Prison in Montreal. The Royal Commission and the apology speech of the past Prime Minister Harper all recognized the continuous negative impacts of the residential school, the Indian Act and other policies on Aboriginal people, leaving today, communities suffering with high prevalence of alcohol and drug abuse, high suicide rate, high prevalence of sexual and physical abuse and dysfunctional relationships, low income, low education, lack of employment opportunities as well as high incarceration rates. Two of the recommendations from the recent report of the Truth and Reconciliation Commission (recommendations no 30 and 31) call upon federal, provincial, and territorial governments to commit to eliminating the overrepresentation of Aboriginal people in custody over the next decade and to provide more funding to implement community sanctions that will provide realistic alternatives to imprisonment for Aboriginal offenders and respond to the underlying causes of offending. In addition, because of these polices, “Aboriginal youth are at two to six times greater risk for every alcohol-related problem than their non‑Aboriginal counterparts. They are more likely to use all types of illicit drugs than non‑Aboriginal youth, and they will begin using substances (tobacco, solvents, alcohol, and cannabis) at a much younger age than non-Aboriginal youth”.

[42]        « Le défaut d’appliquer les principes établis dans Gladue dans une affaire mettant en cause un délinquant autochtone contrevient à [l’] obligation » prévue par l’alinéa 718.2 e) du Code criminel : Ipeele, paragr. 87.

[43]        Même si les infractions reprochées sont graves, les principes de Gladue s’appliquent : Ipeele, paragr. 84. Les différents facteurs n’entraîneront toutefois pas une réduction automatique de la peine à purger par un délinquant autochtone : Ipeele, paragr. 71R. v. Laboucane, 2016 ABCA 176, paragr. 2. Finalement, la peine infligée « doit respecter le principe fondamental de proportionnalité » qui « représente la condition sine qua non d’une sanction juste » : Ipeele, paragr. 37.

[44]        L’application de l’alinéa 718.2e) du Code criminel n’exige pas qu’un délinquant autochtone établisse « un lien de causalité direct entre sa situation et la perpétration de l’infraction » : Ipeele, paragr. 83Denis-Damée c. R.2028 QCCA 1251, paragr. 73.

[45]        Les facteurs Gladue « ne constituent pas une excuse ou une justification à la conduite criminelle. Ils établissent plutôt le cadre contextuel nécessaire pour permettre au juge d’infliger une peine appropriée » : Ipeele, paragr. 83.

[46]        « Toutefois, la reconnaissance de ce rôle ne dispense pas l’obligation d’établir un lien entre ces facteurs, le délinquant et l’infraction qui a été commise. Ces facteurs n’influeront pas sur la détermination de la peine, à moins que la situation particulière de l’accusé n’ait un lien avec sa culpabilité ou ne suggère de quelle manière la mise en œuvre des objectifs de la peine devrait être adaptée au contexte actuel du prévenu » : Ipeele, paragr. 83.

[47]        À mon avis, les facteurs systémiques, historiques et individuels répertoriés dans le rapport Gladue (SD-1) ont certes pu contribuer à sa dépendance à l’alcool et aux stupéfiants. Il n’existe toutefois pas de lien quelconque, sans qu’il soit direct, entre le délinquant, ces différents facteurs et les infractions commises qui auraient pu amoindrir sa culpabilité morale. D’ailleurs, la défense n’a pointé aucun facteur ayant un lien avec sa culpabilité.

[48]        La preuve administrée ne révèle pas que les gestes reprochés découlent d’une consommation abusive d’alcool ou de stupéfiants liée aux facteurs systémiques, historiques ou à sa situation personnelle.

[49]         Au contraire, l’accusé avait hébergé Mme Fernie pendant qu’elle recevait des traitements contre un cancer. Elle n’avait pas de loyer à payer, mais devait couvrir ses frais et s’occuper de faire le ménage de l’appartement. C’est en exécutant cette tâche qu’elle a découvert l’arme à feu dissimulée dans un placard.

[50]        Ni sa situation d’Autochtone ni sa consommation d’alcool ou de stupéfiants n’étaient en cause dans la perpétration des infractions. Les facteurs définis dans le rapport Gladue n’ont pas contribué à la conduite criminelle de l’accusé ni eu d’incidence ou influé sur sa culpabilité morale. Par conséquent, ils ne peuvent être considérés à titre de circonstances atténuantes susceptibles de réduire la peine. Néanmoins, ceux-ci demeurent pertinents dans la détermination d’une sanction juste et équilibrée, puisqu’ils font partie intégrante de sa situation personnelle.

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